TÉHÉRAN – Des rapports exclusifs et des analyses de terrain indiquent que la République islamique a adopté une nouvelle stratégie systématique pour protéger ses hauts responsables et son matériel militaire : l’utilisation calculée d’hôpitaux, d’écoles et de centres publics comme boucliers humains.
Selon les révélations de Siamak Tadayon, directeur exécutif du bureau stratégique pour le sauvetage de l’Iran (Dorna), cette stratégie est conçue non seulement pour la protection physique, mais aussi comme un outil de propagande sophistiqué.
Des hôpitaux transformés en bastions pour les bourreaux
Des rapports documentés montrent que les installations médicales de luxe de Téhéran, en particulier l’hôpital Nikan dans le quartier d’Aqdasiyeh, ont été transformées en refuges nocturnes pour l’élite du régime.
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Présence de hauts responsables : Des témoignages oculaires confirment que des personnalités telles que Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, chef du pouvoir judiciaire, séjournent dans cet hôpital par rotation pour leur sécurité.
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Dispositifs de sécurité lourds : Ces séjours clandestins sont généralement accompagnés de 20 à 30 gardes armés postés dans tout l’hôpital.
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Exploitation de l’immunité internationale : Selon le droit international, les centres médicaux sont des zones protégées, même en cas de conflit. Conscient qu’attaquer un hôpital constitue un « crime de guerre », le régime utilise ces espaces pour assurer sa propre sécurité.
Détournement criminel des ambulances et services publics
Un aspect sombre de ce rapport concerne le détournement des services d’urgence et l’utilisation non conventionnelle des artères urbaines.
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Transport de troupes via des véhicules médicaux : Lors des manifestations de 1401 (2022), des ambulances (avec ou sans plaques d’immatriculation) ont été utilisées pour transporter secrètement des tireurs d’élite, arrêter des manifestants et déplacer des forces de répression au lieu de patients.
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Armement lourd dans les rues principales : Défiant les protocoles militaires qui limitent le mouvement du matériel aux routes de contournement, le régime transporte des lance-missiles, des chars et des hélicoptères de combat sur des remorques à travers les rues bondées et les zones résidentielles pour se couvrir.
L’héritage tactique des groupes terroristes
La République islamique met en œuvre une doctrine militaire calquée sur celle de groupes comme l’EI ou le Hamas : l’utilisation massive de boucliers humains. En installant des centres de commandement et des caches dans des hôpitaux et des écoles, Téhéran cherche à bénéficier de la protection des lois internationales qui interdisent les frappes sur ces sites. Cela permet au régime d’opérer en toute impunité tout en étant prêt à utiliser toute riposte potentielle comme outil de propagande pour feindre l’indignation face aux victimes civiles qu’il a lui-même mises en danger.
Retrouvez l’interview complète de Siamak Tadayon Tahmasbi avec VOA Farsi :
Un démenti officiel qui peine à masquer la réalité
Face à l’accumulation des preuves, la République Islamique tente de sauver les apparences par des démentis véhéments. Par voie de bulletins officiels, les Gardiens de la Révolution rejettent ces accusations, les qualifiant de complots médiatiques. Cependant, cette défense s’effondre face aux précédents historiques et aux nombreux témoignages du personnel soignant, souvent pris en otage dans ses propres services. Le régime iranien continue de nier l’évidence, espérant que l’absence de documents visuels officiels suffira à masquer la réalité de ses agissements criminels au sein des institutions civiles.
Briser l’omerta par le renseignement citoyen
Face à cette occupation criminelle des espaces publics, un nouvel axe de résistance émerge. Le personnel soignant, les enseignants et les citoyens sont appelés à devenir les yeux et les oreilles de la justice. La stratégie recommandée pour contrer la République Islamique repose sur la documentation systématique et la diffusion immédiate des preuves.
Prendre des photos clandestines des gardes du corps, noter les horaires de passage des dirigeants et partager les localisations précises sur les réseaux sociaux sont devenus des actes de bravoure essentiels. L’objectif est clair : briser l’anonymat des bourreaux. En exposant publiquement leurs cachettes, les citoyens forcent les responsables du régime iranien à fuir par peur d’être identifiés ou localisés. Cette pression constante est l’un des seuls moyens de libérer les hôpitaux de l’emprise des milices et de protéger les patients d’une situation de prise d’otage permanente orchestrée par le gouvernement.